St Pierre est le premier lieu chargé d'histoire de la Martinique et le premier endroit que nous visiterons à notre arrivée. Et comme l'endroit nous a fortement impressionné par son passé troublé, son patrimoine mais aussi sa quiétude et l'ambiance nonchalante qui y règne, nous y reviendrons 3 fois en février 2007. Bien sûr, lorque l'on parle de St Pierre, la première image qui nous vient en tête est l'irruption de 1902 qui laissa derrière elle une ville quasi en ruine, brûlée et soufflée par des nuées ardentes qui firent plus de 30000 morts.
La basilique de St-Pierre et la Chambre de Commerce vues du ponton
Pour
la petite histoire, St Pierre accueillait en 1902 près de 26011
habitants et elle était la ville la plus importante de l'île. Véritable
plaque tournante du commerce dans les Antilles françaises en général
mais aussi de toute la Caraïbe, on l'appelait alors le petit Paris :
ses rues pavées, ses maisons en pierre, ses balcons en fer forgé, ses
petit cafés, ses petites places et ses fontaines, son théâtre, son
mouillage,... Une ville bercée par le flot des eaux limpides de la
Pelée qui apportaient abondance pour les cultures et nourrissaient
toutes les fontaines de la ville.
Plusieurs tremblements de terres successifs ont lieu entre le 23 et le 25 avril 1902
et des cendres volcaniques tombent sur St-Pierre. Le 4 mai, c'est une
énorme masse de boue qui dévale de la Montagne Pelée, détruisant au
passage 4 distilleries et provoquant de grosses vagues sur la côte. Les
habitants sont inquiets, certains partent, d'autres hésitent... Mais
les pouvoirs publics, soucieux de la bonne tenue des élections
législatives (le 2ème tour devant avoir lieu le 11) tentent de rassurer
la population.
Le
8 mai à 7h50 une violente détonation se produit, la Montagne Pelée
explose et laisse fondre sur ses pentes en direction de St-Pierre 7km
en contrebas une nuée ardente impressionnante. C'est en fait un
écoulement pyroclastique, c'est à dire un nuage gazeux chargé de
particules en fusion qui va déferler sur St Pierre à une vitesse
estimée aujourd'hui à 350-400km/h et une température elle aussi estimée
à 177°C. La ville ne résiste pas à la violente déflagration. Le centre
ville est rasé et plusieurs bateaux ancrés dans la rade vont brûler
sous l'effet des retombées incandescentes. Bilan : 28000 morts. Seuls 2
personnes survivront à St Pierre : Louis Cyparis, prisonnier dans sa
geôle non loin du théâtre et le cordonnier Compère.
Le
volcan restera violent jusqu'au 6 juin et laissera redescendre 3 nuées
ardentes semblables à celle du 8 juin, contribuant ainsi à
l'anéantissement définitif de St Pierre. Le 30 août se produit la plus
violente et la plus fantastique nuée ardente de toute l'éruption,
touchant les communes avoisinantes sur ses autres flancs de Morne Rouge
et Ajoupa Bouillon. Un millier de personnes réfugiées y trouvent la
mort. Jusque 1904, le volcan restera actif pour se rendormir et se
réveiller à nouveau entre 1929 et 1932.
Aujourd'hui, la Pelée, qui est sous étroite surveillance des spécialistes volcanologues, dort et c'est tant mieux !
La cathédrale de St-Pierre
La cathédrale de St-Pierre fut reconstruite
en 1922 à l'exception du toit et des
2 tours qui furent simplifiées.
Après le 8 mai, seuls quelques éléments de la façade subsistent...
Certaines façades ne manquent pas de charme et font parfois
même preuve d'originalité, voire d'excentricité...
Les couleurs, elles, sont heureusement la plupart du temps de
très bon goût quand elles ne demandent pas à être rafraichies !
On distingue ici 2 types de constructions : l'une entièrement en pierre et l'autre qui n'a que le sous-bassement en pierre, le reste étant en bois. De nombreuses maisons créoles sont reconstruites sur d'ancien sous-bassement au fur et à mesure du temps. Mais n'échappant elles non plus à la modernité, elles sont en train de disparaître petit à petit au profit du béton. A droite, une fresque pour le moins colorée...
Des bateaux de plaisance mouillent leur ancre face à St-Pierre. A droite, on aperçoit le marché couvert avec à son étage 2 petits restaurants plutôt sympathiques. Sur le marché, épices, fruits et légumes ou encore rhums arrangés. Bien que très touristique, ce petit marché a encore un charme que celui de Fort de France n'a su préserver à cause de l'accoutumance au tourisme.
Sans doute l'un des plus beaux bâtiments de St-Pierre, la Chambre de Commerce à l'origine construite en 1901 et détruite entièrement en 1902 a été très récemment rebâtie à l'identique.
et Gaëlle profitent du soleil de fin de journée...
Les remparts ont plutôt bien résisté quand on voit la taille de certains murs littéralement soufflés. Les canons sont encore pointés vers la mer en quête d'une peu probable bataille. Au premier plan, les restes d'un bassin d'une des nombreuses fontaines de la ville d'alors.
D'un coté la ville et la baie de St-Pierre vue des remparts et de l'autre les ruines d'un entrepôt de garnison qui devait probablement servir plus récemment d'habitation ou d'entrepôt pour les pêcheurs.
Voici ce qu'il reste du théâtre de St-Pierre. Les grilles en fer sur le devant ont été refaites à l'identique à l'exception des lampions.
2 photos très parlantes du théâtre avant et après l'éruption. On voit très bien le morne derrière complètement dénudé...
La très jolie fontaine et l'entre-sol du théâtre où devait probablement se trouver le souffleur...
A droite, Louis Cyparis exposant ses blessures. A gauche le cachot qui lui sauva la vie, attenant au théâtre. C'est probablement à la taille exigüe de sa cellule et de ses ouvertures, mais aussi au parapet construit à même le morne derrière lui qu'il doit la vie.
La Montagne Pelée, point culminant de la Martinique avec ses 1397 mètres de haut
Le
cimetière est coincé à flanc de morne et domine la mer. Ici point de
lambis (ces gros coquillages qui jonchent les cimetières des antilles)
ni de carreaux noir et blanc de "salles de bains" si typiques de
Guadeloupe et de Martinique. Des tombes blanches, défraîchies, des
barrières de fer forgé rouillées par le temps et tordues par l'histoire et
surtout partout, des fleurs, preuvent que les ainés ne sont pas tous
oubliés par leurs descendants...
A gauche : le tombeau de la famille Depaz, grande famille de "béké" et derniers propriétaires de la rhumerie de Basse Pointe, près de St-Pierre, sur les flancs du volcan. L'Habitation Dupotiche (elle doit son nom à au propriétaire qui l'acquis en 1774) ainsi que la rhumerie n'appartenaît alors pas encore à la famille Depaz. Elles furent détruites durant l'éruption puis reconstruite pour fonder l'une des distilleries les plus renommées de la Martinique. Elle fut vendue à la Société Anonyme de la Rhumerie de Basse Pointe en 1894 pour laquelle André Depaz devint actionnaire majoritaire en 1970. Il décéde en 1996 laissant derrière lui, entre autre, un rhum qui porte son nom... A droite : un caveau familial daté de 1837.
Que dire de plus...
Les ainés
Un ange passe et le fer trépasse...
J'ai trouvé celle-ci autant amusante qu'attendrissante...
Cela
pourrait se traduire par : "Il ne manquerait pas un coup de peinture
par ici ?!?". il est vrai que le cimetière manque d'un peu d'entretien
mais c'est aussi ce qui fait son charme...
Le soleil se couche sur St-Pierre...
Nous, nous reviendrons !

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