Lundi 1 octobre 2007
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St
Pierre est le premier lieu chargé d'histoire de la Martinique et le
premier endroit que nous visiterons à notre arrivée. Et comme l'endroit
nous a fortement impressionné par son passé troublé, son patrimoine
mais aussi sa quiétude et l'ambiance nonchalante qui y règne, nous y
reviendrons 3 fois en février 2007. Bien sûr, lorque l'on parle de St
Pierre, la première image qui nous vient en tête est l'irruption de
1902 qui laissa derrière elle une ville quasi en ruine, brûlée et
soufflée par des nuées ardentes qui firent plus de 30000 morts.
La basilique de St-Pierre et la Chambre de Commerce vues du ponton
Pour
la petite histoire, St Pierre accueillait en 1902 près de 26011
habitants et elle était la ville la plus importante de l'île. Véritable
plaque tournante du commerce dans les Antilles françaises en général
mais aussi de toute la Caraïbe, on l'appelait alors le petit Paris :
ses rues pavées, ses maisons en pierre, ses balcons en fer forgé, ses
petit cafés, ses petites places et ses fontaines, son théâtre, son
mouillage,... Une ville bercée par le flot des eaux limpides de la
Pelée qui apportaient abondance pour les cultures et nourrissaient
toutes les fontaines de la ville.
Plusieurs tremblements de terres successifs ont lieu entre le 23 et le 25 avril 1902
et des cendres volcaniques tombent sur St-Pierre. Le 4 mai, c'est une
énorme masse de boue qui dévale de la Montagne Pelée, détruisant au
passage 4 distilleries et provoquant de grosses vagues sur la côte. Les
habitants sont inquiets, certains partent, d'autres hésitent... Mais
les pouvoirs publics, soucieux de la bonne tenue des élections
législatives (le 2ème tour devant avoir lieu le 11) tentent de rassurer
la population.
Le
8 mai à 7h50 une violente détonation se produit, la Montagne Pelée
explose et laisse fondre sur ses pentes en direction de St-Pierre 7km
en contrebas une nuée ardente impressionnante. C'est en fait un
écoulement pyroclastique, c'est à dire un nuage gazeux chargé de
particules en fusion qui va déferler sur St Pierre à une vitesse
estimée aujourd'hui à 350-400km/h et une température elle aussi estimée
à 177°C. La ville ne résiste pas à la violente déflagration. Le centre
ville est rasé et plusieurs bateaux ancrés dans la rade vont brûler
sous l'effet des retombées incandescentes. Bilan : 28000 morts. Seuls 2
personnes survivront à St Pierre : Louis Cyparis, prisonnier dans sa
geôle non loin du théâtre et le cordonnier Compère.
Le
volcan restera violent jusqu'au 6 juin et laissera redescendre 3 nuées
ardentes semblables à celle du 8 juin, contribuant ainsi à
l'anéantissement définitif de St Pierre. Le 30 août se produit la plus
violente et la plus fantastique nuée ardente de toute l'éruption,
touchant les communes avoisinantes sur ses autres flancs de Morne Rouge
et Ajoupa Bouillon. Un millier de personnes réfugiées y trouvent la
mort. Jusque 1904, le volcan restera actif pour se rendormir et se
réveiller à nouveau entre 1929 et 1932.
Aujourd'hui, la Pelée, qui est sous étroite surveillance des spécialistes volcanologues, dort et c'est tant mieux !
La cathédrale de St-Pierre
La cathédrale de St-Pierre fut reconstruite
en 1922 à l'exception du toit et des
2 tours qui furent simplifiées.
Après le 8 mai, seuls quelques éléments de la façade subsistent...
Le dos de la cathédrale
Le Dôme et détail de porte peinte
Le centre ville de St-Pierre
Dans
le centre ville subsistent encore les quelques maisons en pierre qui
ont été reconstruites dans les années 20. Détail typique des façades de la belle époque en Martinique, les balcons en fer forgé.
Façade d'un ancien commerce et maison créole
Détail
du support d'enseigne de la façade ci-dessus et autre façade d'ancien
commerce sur laquelle on peut lire (dans ce qui reste de lisible) :
"COEUR CREOLE, ...gros, mi-gros et détail,... rhum vieux."
Certaines façades ne manquent pas de charme et font parfois
même preuve d'originalité, voire d'excentricité...
Les toits de taules ont progressivement remplacé les toits de tuiles rondes.
Les couleurs, elles, sont heureusement la plupart du temps de
très bon goût quand elles ne demandent pas à être rafraichies !
On
distingue ici 2 types de constructions : l'une entièrement en pierre et
l'autre qui n'a que le sous-bassement en pierre, le reste étant en
bois. De nombreuses maisons créoles sont reconstruites sur d'ancien
sous-bassement au fur et à mesure du temps. Mais n'échappant elles non
plus à la modernité, elles sont en train de disparaître petit à petit
au profit du béton. A droite, une fresque pour le moins colorée...
A qui veut l'entendre...
Le mouillage et le bord de mer
Des
bateaux de plaisance mouillent leur ancre face à St-Pierre. A droite,
on aperçoit le marché couvert avec à son étage 2 petits restaurants
plutôt sympathiques. Sur le marché, épices, fruits et légumes ou encore
rhums arrangés. Bien que très touristique, ce petit marché a encore un
charme que celui de Fort de France n'a su préserver à cause de
l'accoutumance au tourisme.
Sans
doute l'un des plus beaux bâtiments de St-Pierre, la Chambre de
Commerce à l'origine construite en 1901 et détruite entièrement en 1902
a été très récemment rebâtie à l'identique.
Audrey, qui nous avait rejoint pour la journée et qui était alors en vacances,
et Gaëlle profitent du soleil de fin de journée...
Le quartier de l'ancien théâtre
Sur
l'autre rive plusieurs ruines témoignent du passé de St-Pierre : un
fort pour repousser les éventuels intéressés et autres propriétaires
terriens de sa "royale majestée", un théâtre qui fut le théâtre de son
propre drame et un cachot qui n'eut pour seul et véritable intérêt que
de sauver un homme, Louis Cyparis alors enfermé pour trouble à l'ordre
public et qui aurait sûrement fini ses jours derrière les barreaux en
Guyane si l'éruption n'avait pas fait de lui une des attractions de
l'époque du cirque de Buffalo Bill....
Les
remparts ont plutôt bien résisté quand on voit la taille de certains
murs littéralement soufflés. Les canons sont encore pointés vers la mer
en quête d'une peu probable bataille. Au premier plan, les restes d'un
bassin d'une des nombreuses fontaines de la ville d'alors.
Très joli T2 avec vue sur mer, très bien ventilé...
D'un
coté la ville et la baie de St-Pierre vue des remparts et de l'autre
les ruines d'un entrepôt de garnison qui devait probablement servir
plus récemment d'habitation ou d'entrepôt pour les pêcheurs.
Voici
ce qu'il reste du théâtre de St-Pierre. Les grilles en fer sur le
devant ont été refaites à l'identique à l'exception des lampions.
Les marches qui menaient au théâtre et la fontaine
2 photos très parlantes du théâtre avant et après l'éruption. On voit très bien le morne derrière complètement dénudé...
La très jolie fontaine et l'entre-sol du théâtre où devait probablement se trouver le souffleur...
Gaëlle et Audrey sous le charme de la fontaine....
A
droite, Louis Cyparis exposant ses blessures. A gauche le cachot qui
lui sauva la vie, attenant au théâtre. C'est probablement à la taille
exigüe de sa cellule et de ses ouvertures, mais aussi au parapet
construit à même le morne derrière lui qu'il doit la vie.
La Montagne Pelée, point culminant de la Martinique avec ses 1397 mètres de haut
Le cimetière de St-Pierre
C'est
ici que nous avons commencé notre première visite de St-Pierre. Je
sais, cela peut paraître étrange d'aller visiter un cimetière mais on y
trouve toute sortes d'étrangetés, d'anecdotes et paradoxalement, il
nous renseigne bien plus sur la vie que nous ne l'imaginons...
Le
cimetière est coincé à flanc de morne et domine la mer. Ici point de
lambis (ces gros coquillages qui jonchent les cimetières des antilles)
ni de carreaux noir et blanc de "salles de bains" si typiques de
Guadeloupe et de Martinique. Des tombes blanches, défraîchies, des
barrières de fer forgé rouillées par le temps et tordues par l'histoire et
surtout partout, des fleurs, preuvent que les ainés ne sont pas tous
oubliés par leurs descendants...
A gauche : le
tombeau de la famille Depaz, grande famille de "béké" et derniers
propriétaires de la rhumerie de Basse Pointe, près de St-Pierre, sur
les flancs du volcan. L'Habitation Dupotiche (elle doit son nom à au propriétaire qui l'acquis en 1774) ainsi que la rhumerie n'appartenaît
alors pas encore à la famille Depaz. Elles furent détruites durant
l'éruption puis reconstruite pour fonder l'une des distilleries les
plus renommées de la Martinique. Elle fut vendue à la Société Anonyme
de la Rhumerie de Basse Pointe en 1894 pour laquelle André Depaz devint
actionnaire majoritaire en 1970. Il décéde en 1996 laissant derrière
lui, entre autre, un rhum qui porte son nom... A droite : un caveau familial daté de 1837.
Que dire de plus...
Les ainés
Un ange passe et le fer trépasse...
J'ai trouvé celle-ci autant amusante qu'attendrissante...
Cela
pourrait se traduire par : "Il ne manquerait pas un coup de peinture
par ici ?!?". il est vrai que le cimetière manque d'un peu d'entretien
mais c'est aussi ce qui fait son charme...
Le soleil se couche sur St-Pierre...
Nous, nous reviendrons !